Le rôle du président dans une entreprise familiale : guide pratique

Nos associés ont occupé à eux tous plus d’une vingtaine de mandats de président au sein d’entreprises familiales, et en occupent encore plusieurs aujourd’hui. La même confusion revient presque à chaque fois : le président n’est pas le patron. C’est le PDG qui dirige l’entreprise. Le président dirige le conseil d’administration. Ce guide présente ce que devrait contenir la fiche de poste d’un président, et explique comment évaluer si votre président actuel adopte la bonne attitude.

Pourquoi est-ce important ?

Dans tous les mandats de président que nos associés ont occupés au sein d’entreprises familiales, nous avons presque toujours dû redéfinir le rôle conformément à ce que stipulent réellement les statuts. La confusion récurrente (qu’il s’agisse de présidents indépendants, de présidents issus de la famille ou de toute autre situation intermédiaire) réside dans la frontière floue entre le président et le PDG.

Le président ne dirige pas l’entreprise. Il ne la gouverne pas non plus. C’est le PDG qui dirige l’entreprise. Le rôle du président est plus restreint et, lorsqu’il est bien exercé, très spécifique : diriger le conseil d’administration, être la voix du conseil auprès de la famille et de la direction, et veiller à la bonne gouvernance du conseil lui-même. Point final.

Dans une société cotée en bourse, le président est souvent la voix d’un actionnariat dispersé qui ne s’exprime pas lui-même. Dans une entreprise familiale, les actionnaires sont présents (souvent en tant que membres du conseil d’administration eux-mêmes), ils s’expriment, et souvent directement auprès du PDG. La fonction du président dans ce contexte est d’agir comme un amortisseur : veiller à ce que le conseil d’administration reste le lieu où s’exerce réellement la gouvernance, à ce que les décisions avancent malgré le bruit ambiant, et à ce que la ligne de démarcation entre les orientations des actionnaires et l’exécution par la direction reste claire.

Définition du mandat du président

  • Diriger le conseil d’administration. Établir l’ordre du jour, présider les réunions, veiller à ce que les décisions fassent l’objet de débats appropriés et soient consignées.
  • Être la voix du conseil d’administration. Vis-à-vis de la famille, du PDG et de la direction.
  • Veiller à la bonne gouvernance du conseil d’administration. Composition, succession, évaluation, alignement entre les intérêts des membres du conseil et ceux de la famille, et intégrité du processus décisionnel.
  • Tenir bon face au PDG. Soutenir le PDG en public ; le remettre en question en privé ; ne jamais se substituer au PDG.
  • Fixer des objectifs, sans les réaliser. Le conseil d’administration, sous la houlette de son président, fixe les objectifs stratégiques et financiers. Leur réalisation incombe au PDG.
  • Absorber la pression des actionnaires. En particulier dans un contexte d’entreprise familiale, protéger le PDG et la direction contre toute ingérence directe des actionnaires, tout en veillant à ce que la voix de la famille soit entendue au sein du conseil d’administration.
  • Rémunération : honoraires fixes uniquement. Une rémunération forfaitaire pour la gestion du conseil d’administration. Aucune composante variable liée à l’EBITDA. Aucune part issue du plan d’intéressement des dirigeants.

Évaluation du rôle du président

Si vous êtes un actionnaire familial ou un conseiller et que vous vous demandez si votre président occupe correctement sa fonction, voici quelques questions de diagnostic :

  • Le président donne-t-il des instructions à la direction en dehors de la salle du conseil ? (Il ne devrait pas.)
  • Le président perçoit-il un pourcentage des bénéfices, une prime ou une part du plan d’intéressement à long terme de la direction ? (Ce ne devrait pas être le cas.)
  • Lorsque la famille souhaite qu’une mesure soit prise au sein de l’entreprise, s’adresse-t-elle au président ou au PDG ? (C’est au président qu’elle devrait s’adresser, qui se chargera ensuite de mobiliser le conseil d’administration.)
  • Le PDG a-t-il le sentiment d’être dirigé par le président ou soutenu par lui ? (Ce devrait être la seconde option.)
  • L’ordre du jour des réunions du conseil d’administration est-il fixé par le président, ou rédigé par la direction puis approuvé sans discussion ? (C’est au président de définir l’ordre du jour.)
  • Lorsqu’une décision difficile se présente, le président anime-t-il le débat au sein du conseil d’administration ou impose-t-il son point de vue ? (Il doit animer le débat.)

Si la réponse à l’une de ces questions révèle une frontière floue, le rôle doit être redéfini avant la prochaine décision importante. Lorsque ces frontières s’estompent, le conseil d’administration perd sa fonction, et c’est finalement l’entreprise qui en paie le prix.

Le principe qui sous-tend cette liste de contrôle

Comme tout autre membre du conseil d’administration, le président est chargé de fixer les objectifs, et non de les atteindre. C’est au PDG qu’incombe la responsabilité de la réalisation des objectifs, et c’est pour cela qu’il est rémunéré. Un président bien défini permet au conseil d’administration de fonctionner. Un président mal défini rend le conseil d’administration superflu. Il y a rarement de juste milieu.

Cet article fait partie de notre série sur la gouvernance familiale. L’article de référence de la série : La Gouvernance familiale par la famille — the Westwick white paper.

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