Résumé
- Bilan de santé préalable au processus Identifiez ce qu’un acheteur pourrait découvrir, avant qu’il ne le fasse, puis corrigez le problème ou prévoyez comment le présenter.
- Gestion de l’exclusivité Pour parler franchement : ne l’accordez pas. Si vous y êtes vraiment contraint, fixez-lui des limites strictes et gardez la possibilité de vous retirer.
- Préparation à la due diligence Menez le processus en disposant d’une salle de données préparée et d’un point de coordination unique, plutôt que de laisser celui-ci prendre le dessus sur le family office.
- Le contrat de vente et la déclaration d’informations C’est là que la transaction se décide réellement et que les responsabilités sont réparties : l’équipe du family office doit rester active dans la rédaction.
- Assurance garantie et indemnisation Une négociation parallèle mais importante : elle transfère le risque lié aux garanties de la famille à un assureur et libère le compte séquestre ; il s’agit d’un processus à mener, et non simplement d’un produit à acheter.
- Maîtrise des conseillers et des honoraires : un chef d’orchestre assure la cohérence commerciale et veille à la transparence des coûts.
- Après la conclusion de la transaction : le compte séquestre, les ajustements de prix, les périodes de garantie et les réclamations tardives doivent encore être gérés.
La vente d’une entreprise est une décision majeure dans la vie d’une famille et de son family office. Elle nécessite également une préparation minutieuse afin de limiter le risque de perdre le contrôle. Une fois la vente engagée, les acquéreurs, les avocats, les comptables et les banquiers exigent tous des réponses immédiates, et un family office mal préparé se retrouve du jour au lendemain à devoir gérer une transaction en plus de ses activités habituelles.
C’est à ce stade que les coûts habituels liés à la vente d’une entreprise s’alourdissent du coût de l’attention et de la gestion nécessaires. Partager son attention entre une transaction majeure et les affaires familiales entraînera probablement un recours excessif à des conseillers externes, un ralentissement des décisions ou des choix pris à la hâte pour respecter un calendrier. Ces trois facteurs ont un impact direct sur le prix de vente, sur les conditions générales ou sur les honoraires, et ils nuisent discrètement tant à la transaction qu’au patrimoine familial.
La préparation de la vente et l’attention portée aux personnes préservent l’énergie et la concentration de l’équipe du family office tout autant que le produit de la vente lui-même. Ce guide explique, étape par étape, comment mener ce processus au service de la famille.
Bilan de santé préalable
Commencez avant les acheteurs : le travail qui garantit la réussite d’une vente se fait avant même qu’un acheteur potentiel ne soit approché. Nous appelons cela un bilan de santé, et son objectif est d’identifier les problèmes qu’un acheteur pourrait soulever, avant même qu’il ne le fasse.
Toute entreprise comporte des éléments sensibles. Un litige non résolu, un contrat qui dépend d’un seul client, ou une personne sur laquelle l’entreprise s’appuie de manière excessive. Le bilan de santé remplit deux fonctions. Il met en évidence ces problèmes à un stade précoce et laisse le temps de les résoudre. Lorsqu’ils ne peuvent être résolus, il définit la stratégie pour déterminer comment ils seront présentés et pris en compte dans le prix. Un problème divulgué selon les conditions du vendeur n’est qu’une note de bas de page. Le même problème découvert lors de la due diligence entraîne une décote.
Aucun des éléments ci-dessus ne fera capoter une vente, mais chaque point sensible découvert trop tard donne à l’acheteur une raison de renégocier, ce que vous voulez à tout prix éviter.
Gérer l’exclusivité et le calendrier
Le temps et la dynamique sont essentiels à la réussite d’une transaction. Plus le processus est court, mieux c’est.
À un moment donné, un acquéreur privilégié demandera l’exclusivité. Notre recommandation générale est d’éviter de la lui accorder, car cela fait basculer le rapport de force en faveur de l’acquéreur et le libère de toute pression liée à l’urgence. Idéalement, deux soumissionnaires restent en lice jusqu’à la toute fin.
L’exclusivité supprime la principale source de pression pour la famille : la présence d’autres soumissionnaires. Dès la signature de l’accord, c’est l’acheteur qui dicte le rythme, et le temps joue en sa faveur. En général, l’acheteur demandera des prolongations, et le vendeur les acceptera. Tandis que le temps passe, les coûts s’accumulent, d’autres acheteurs se désintéressent du dossier, et l’équipe devient réticente à abandonner un processus dans lequel elle s’est déjà investie. C’est le piège naturel, et très humain, du sophisme des coûts irrécupérables.
Parfois, il n’y a pas d’autre option que d’accorder l’exclusivité. La solution consiste alors à fixer des limites. L’exclusivité doit être strictement définie en termes de durée et de portée, rester brève, assortie de conditions claires et d’une date de fin ferme. Toute prolongation doit être difficile à obtenir. L’équipe suit de près le processus tout au long de la période d’exclusivité, et la famille se réserve la possibilité de le rouvrir, non pas simplement à titre de menace, mais comme une mesure qu’elle est véritablement prête à prendre, et ce avant que les autres prétendants ne se désistent.
Préparation à la due diligence
Après la première phase de due diligence et d’appel d’offres, seuls quelques soumissionnaires sont retenus, et la due diligence approfondie commence. C’est là que la charge pèse le plus lourdement sur le family office. Les demandes affluent quotidiennement, chaque partie prenante réclamant des documents, des explications et un accès, généralement selon le rythme de l’acheteur plutôt que celui du family office.
Pour maîtriser cette situation, trois piliers sont essentiels :
- Une salle de données bien conçue, aussi complète que possible (mieux vaut trop que pas assez, même si l’accès est accordé progressivement), mise en place avant le lancement du processus et renforcée pendant le bilan de santé, afin qu’elle réponde à la plupart des questions avant même qu’elles ne soient posées.
- Un point de coordination unique, assurant un suivi quotidien du registre des questions et des réponses fournies, ainsi qu’une stratégie claire quant à la manière, au moment et aux destinataires de la divulgation des informations.
- Des informations sensibles divulguées par étapes, à des parties agréées, sous les protections appropriées.
C’est au family office de mener le processus de due diligence, et non l’inverse. Mal géré, celui-ci sape la crédibilité du vendeur, et par là même la transaction. Il peut également devenir une interruption d’activité qui détourne chaque membre de l’équipe de sa mission première, parfois pendant des mois.
Le contrat de vente et la divulgation
C’est dans le contrat de vente et d’achat que la transaction se décide réellement. Le prix est convenu dès le début et largement communiqué. Les conditions qui déterminent ce que la famille conserve réellement sont fixées plus tard, dans les garanties, les indemnités et la lettre de divulgation. C’est là que les passifs passés, présents et futurs de l’entreprise vendue sont répartis entre le vendeur et l’acheteur. Il s’agit de la partie la plus critique du processus.
Bien que ce travail incombe aux avocats de la famille, et qu’ils doivent le diriger, la rédaction juridique et le jugement commercial sont deux choses différentes. Une garantie qu’un avocat considère comme standard peut exposer la famille à un risque qu’elle n’a aucune raison, ni aucune volonté, d’assumer.
La lettre de divulgation, qui précise ces garanties, constitue la protection de la famille contre d’éventuelles réclamations ultérieures. Elle doit être exhaustive et exacte. Elle est généralement rédigée par l’équipe de direction de l’entreprise cédée, seule à disposer d’une connaissance approfondie de l’activité. Cela place l’équipe du family office et l’équipe de l’entreprise cédée en contact étroit, même si leurs intérêts ne coïncident souvent pas à ce stade. L’équipe du family office doit jouer un rôle actif dans la rédaction afin de s’assurer que rien ne passe entre les mailles du filet.
Lorsque Westwick intervient dans une telle transaction, notre rôle vient en complément de celui des conseillers juridiques externes. Nous veillons à ce que la réalité commerciale de l’entreprise soit reflétée dans le document juridique, à ce qu’aucun élément significatif ne soit omis, à ce que les deux équipes travaillent main dans la main, et à ce que la famille comprenne ce qu’elle signe avant de signer.
Assurance garantie et indemnisation
Du côté du vendeur, l’assurance garantie et indemnisation (W&I) est devenue un outil très courant. Elle transfère le risque de violation de garantie du vendeur à un assureur. Pour une famille, l’intérêt est évident : une sortie plus rapide et plus complète, avec moins de capital immobilisé sur le compte séquestre et moins de raisons pour l’acheteur de retenir des fonds.
L’assurance peut coûter très cher et ne doit pas être automatique. La police doit être négociée, les garanties doivent être souscrites et les exclusions doivent être bien comprises. Une police qui semble exhaustive peut tout de même laisser sans couverture les risques précis que la famille ne souhaite pas conserver. Certains risques ne peuvent pas être assurés du tout, ou seulement à un prix qui n’en vaut pas la peine ; une partie du risque reste donc à la charge de la famille, ce qui vaut mieux par choix que par surprise.
C’est là que le contexte prime sur la paperasse. Il est essentiel de savoir quelles garanties exiger, à quelles exclusions s’opposer, quels risques la famille est la mieux à même de supporter ou accepte de conserver, et comment la police s’articule avec le contrat. La négociation de l’assurance est un élément clé du processus de vente, et non pas simplement un produit acheté à la fin de celui-ci.
Assurer la cohérence entre vos conseillers et maîtriser vos honoraires
Une vente rassemble toute une équipe de professionnels autour de la table : juristes d’entreprise, conseillers fiscaux, comptables, banquiers, courtiers en assurance. Chacun est compétent. Aucun d’entre eux n’est responsable de l’ensemble du projet.
C’est là que réside la lacune. Les conseillers optimisent leur propre volet de la transaction. Quelqu’un doit assurer la cohésion commerciale entre tous ces acteurs et veiller à ce que chaque tâche serve les intérêts de la famille plutôt que ceux du processus.
Le processus nécessite la présence d’un chef d’orchestre à la table des négociations, agissant au nom de la famille : quelqu’un capable de peser les multiples flux d’informations, de prendre des décisions au quotidien, voire toutes les heures, et surtout de maintenir le dialogue avec la famille. Il s’agit souvent d’un conseiller de confiance de la famille, mais cela peut également être un membre de la famille ou un cadre supérieur du family office si ses compétences le permettent. Ce que cela ne peut en aucun cas être, c’est le banquier d’affaires, l’avocat principal ou l’un des membres des équipes opérationnelles. Chacun d’entre eux a un objectif différent et une mission à accomplir.
Parmi ces conseillers, on distingue deux types de professionnels au service d’une famille : ceux qui sont au service du family office et ceux qui sont au service de la famille. C’est lors d’une transaction que cette distinction prend toute son importance.
Les honoraires font partie du même problème. Les coûts liés aux professionnels dans le cadre d’une transaction sont élevés et, en général, mal gérés. Les compteurs horaires tournent sans que personne ne les vérifie, les périmètres d’intervention se chevauchent et les prestataires finissent par définir eux-mêmes leur champ d’action. Dans une enquête Campden Wealth de 2025, seul un quart des family offices ont qualifié le service de leurs prestataires externes d’« excellent de manière constante », ce qui illustre l’écart entre les honoraires versés et la valeur que les familles estiment recevoir.
Chaque honoraire doit faire l’objet d’un suivi rigoureux : les tarifs horaires et les détails de facturation doivent être demandés et vérifiés. Nous définissons le périmètre du travail à l’avance, veillons à ce que chaque conseiller s’y tienne, remettons en question toute personne présente qui n’apporterait pas de valeur ajoutée et nous assurons que les factures correspondent bien aux services reçus. Les économies ainsi réalisées couvrent toujours plusieurs fois le coût du travail du chef d’orchestre.
Une fois le projet achevé
L’achèvement du projet ne marque généralement pas la fin du travail. Les familles se retrouvent confrontées à plusieurs situations :
- Des fonds peuvent être bloqués sur un compte séquestre en garantie de réclamations futures.
- Les ajustements de prix, le cas échéant, sont calculés dans les semaines ou les mois suivant la clôture, et nous constatons qu’ils sont souvent erronés lors de la première évaluation.
- Les périodes de garantie s’étendent sur plusieurs mois, voire plusieurs années, et les garanties fiscales durent généralement jusqu’à l’expiration du délai de prescription légal.
- Des réclamations peuvent survenir bien après que tout le monde ait considéré la transaction comme conclue.
Il convient de les gérer de manière à éviter toute dépense superflue et à maintenir les risques résiduels sous contrôle.
Il faudra également trouver une destination pour le produit de la vente. Un événement générateur de liquidités modifie du jour au lendemain la composition du patrimoine familial, et les décisions qui s’ensuivent ont autant d’importance que la vente elle-même. La vente d’une entreprise redéfinit souvent le fonctionnement même du cabinet : sa raison d’être, son rôle et son équipe.
La famille décide. Nous nous chargeons de la mise en œuvre.
La vente d’une entreprise est l’un des rares moments où une famille ne peut se permettre de se tromper dans la conduite du processus. Souvent, l’équipe de son family office ne dispose ni des ressources ni des compétences nécessaires pour gérer une opération majeure de fusion-acquisition. Souvent, c’est la voix de la famille elle-même, et non celle du family office, qui n’est pas entendue à la table des négociations. Nous intervenons, gérons le processus et devenons, le temps d’une transaction, la voix, les oreilles et les yeux de la famille à la table des négociations. Nous veillons à ce que l’accord proposé à la famille soit le meilleur possible, géré de manière professionnelle et efficace, et dans le seul intérêt de la famille.
La décision de vendre l’entreprise revient à la famille. La mener à bien, c’est notre rôle.
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