Les dirigeants d’un family office sont souvent amenés à jouer un rôle majeur pour garantir la réussite du processus, c’est-à-dire la préservation à la fois du patrimoine et de l’unité familiale. Les sections suivantes abordent les quatre piliers d’une sortie en douceur, les principaux types de structures de rachat, les constantes qui s’appliquent à toutes ces structures, ainsi que le rôle de chaque partie prenante.
1. Pourquoi l’unité familiale passe avant tout
Dans un family office, la dimension familiale est souvent oubliée lorsque des questions structurelles inhabituelles entrent en jeu. Et pourtant, l’unité familiale est la pierre angulaire de tout family office prospère. C’est elle qui permet aux objectifs et aux valeurs communs de se transmettre d’une génération à l’autre. C’est elle qui rend possible la transition en douceur du patrimoine et des actifs d’une génération à l’autre.
Je ne saurais trop insister sur ce point : préserver l’unité est l’objectif le plus important lors de toute transition.
Les sorties et les rachats constituent des menaces importantes pour cette unité, car ils impliquent des considérations émotionnelles et financières qui peuvent facilement conduire à des conflits — en particulier dans les familles où la communication n’a pas été activement entretenue.
2. Les quatre piliers d’une sortie réussie
La communication
- Un dialogue ouvert. Les malentendus constituent le risque majeur. Chaque membre de la famille doit avoir la possibilité de s’exprimer, de poser des questions et d’exprimer ses doutes. Selon la famille, l’intervention d’un tiers impartial peut s’avérer nécessaire pour modérer les échanges.
- Des processus transparents. Mettre en place des processus clairs et transparents pour gérer les sorties : méthodes d’évaluation, étapes de mise en œuvre d’une sortie, points de décision tout au long du processus. La transparence renforce la confiance et réduit le risque de litiges.
- Traitement équitable. Le processus doit être reproductible, afin que les futures sorties soient gérées de la même manière. Chaque membre qui quitte l’entreprise, ou qui l’a déjà quittée, doit se sentir traité équitablement selon les mêmes règles.
Évaluation et indemnisation
- Évaluation professionnelle. Faites appel à des experts en évaluation pour déterminer la juste valeur de marché des actifs faisant l’objet de la sortie. Cela garantit que l’évaluation est objective et n’est pas influencée par des considérations émotionnelles.
- Rémunération équitable. Veillez à ce que la rémunération versée aux membres sortants soit équitable.
- Préservation. Choisissez le modèle de financement approprié afin que le rachat ne compromette pas la pérennité du family office pour les membres qui restent.
Accords structurés
- Accord formel. Les conditions de sortie doivent être gérées avec une précision chirurgicale et toujours convenues par écrit. Les accords verbaux sont à l’origine de conflits futurs.
- Fondement juridique. La sortie doit reposer sur des accords juridiques solides définissant les modalités et conditions, notamment la méthode d’évaluation, la structure de l’indemnisation et le calendrier.
Émotions
- Les considérations émotionnelles ont leur importance. On ne peut ignorer les émotions suscitées par une sortie. Les ignorer conduit à un ressentiment à long terme. Les aborder ouvertement contribue à préserver la confiance au sein de la famille.
- Accompagnement objectif par un tiers. On observe actuellement une tendance chez certains prestataires à proposer la « thérapie familiale » comme solution ultime à tous les problèmes familiaux. Vous n’en avez pas besoin. Ce qu’il vous faut, c’est un expert en affaires familiales et en SFO compétent, objectif et animé par des valeurs — une personne dotée de leadership et d’autorité — pour vous accompagner tout au long du processus. Son rôle consiste à faciliter les discussions, à prendre en compte les aspects émotionnels et, surtout, à structurer et à mettre en œuvre la sortie de la manière la plus équitable, la plus impartiale et la plus reproductible possible.
3. Les quatre principaux types de sortie
Rachat immédiat
La famille ou le family office dispose de liquidités ou d’actifs liquides suffisants pour racheter la part de la partie sortante. Une projection des flux de trésorerie sur trois à cinq ans est obligatoire pour garantir que le SFO ne sera pas confronté à des risques de liquidité après le rachat. Dans la mesure du possible, c’est l’approche idéale : elle permet une résolution rapide.
Le principal problème réside dans le fait que l’affectation d’une part importante d’actifs liquides à la partie sortante peut laisser le SFO avec un portefeuille déséquilibré, fortement pondéré en actifs contrôlés ou illiquides. Cela augmente généralement le profil de risque pour les membres restants — parfois jusqu’à des niveaux insoutenables. Une solution consiste à verser une partie de la contrepartie de sortie sous forme d’actifs non significatifs, tels que des biens immobiliers ou une petite société contrôlée.
- Avantages : clôture immédiate et certitude pour toutes les parties.
- Inconvénients : peut épuiser les réserves de trésorerie, limitant ainsi la flexibilité financière du family office à court et moyen terme.
Rachat progressif
La participation de la partie sortante est rachetée progressivement — généralement sur deux, trois, voire jusqu’à cinq ans.
Les conditions préalables sont claires :
- une valeur totale convenue, généralement fixe, mais pouvant comporter une variabilité réciproque afin que le risque soit partagé équitablement ;
- Un plan de financement précisant comment les versements prévus seront assurés : vente ou refinancement d’actifs non essentiels, recours à l’endettement d’une filiale, versement d’un dividende exceptionnel, etc.
- Une clause MAC (Material Adverse Change, changement défavorable significatif), permettant au SFO d’interrompre ou de modifier le calendrier de paiement en cas de contrainte imprévue.
La question des passifs inconnus reste en suspens dans ce scénario, bien que la progressivité des paiements apporte une certaine atténuation. La mise en garantie des flux futurs qui n’ont pas encore été versés permettra de protéger tout ou partie des passifs qui se concrétiseraient au cours du plan de paiement.
- Avantages : limite le risque de liquidité et permet une planification financière plus souple.
- Inconvénients : prolonge le processus de rachat et crée une incertitude pour les deux parties.
Rachat basé sur la performance
Généralement utilisé lorsque la famille détient un actif principal, le plus souvent l’entreprise familiale. Le rachat est financé par une part annuelle prédéterminée des bénéfices allouée à la partie sortante jusqu’à ce que le rachat soit achevé. Si cela permet de préserver l’actif principal de la famille, cette solution est plus risquée pour la partie sortante, qui cède le contrôle tout en restant bénéficiaire — et supporte donc le risque de difficultés financières imprévues.
- Avantages. Aligne les intérêts de la partie sortante sur la réussite durable de l’entreprise familiale, ce qui favorise une approche collaborative pendant la transition.
- Inconvénients. Introduit une incertitude, car le calendrier dépend des performances futures, difficiles à prévoir.
Financement externe
Un rachat immédiat dans lequel les liquidités nécessaires sont fournies par un tiers — une banque, un investisseur privé ou une institution financière — par le biais d’un prêt ou d’un investissement dans le family office.
- Avantages. Accès immédiat aux fonds nécessaires, préservant ainsi les réserves de trésorerie et les principaux actifs de la famille. L’arrivée d’un investisseur externe (tel qu’une autre famille) peut être considérée comme un atout, apportant une nouvelle dynamique au SFO.
- Inconvénients. Cela entraîne des obligations financières externes, et les membres restants assument un risque financier accru.
4. Constantes applicables à toute sortie
Responsabilités, déclarations et garanties
Le principal risque lié à toute séparation concerne les responsabilités futures découlant de transactions récentes ou passées menées par le SFO. Celles-ci imposent la mise en place d’un mécanisme de garantie pour d’éventuelles indemnités futures. Les solutions les plus simples sont un compte séquestre ou une police d’assurance.
Décote ou compensation ?
Si une sortie oblige la famille à vendre des actifs à prix cassé, il est tout à fait juste que la partie sortante accepte une réduction de la valeur liquidative. Le départ affecte la capacité du family office à continuer de faire fructifier le patrimoine et de gérer les actifs sur son horizon naturel à long terme — et, ce faisant, il appauvrit les parties qui restent.
Il s’agit là d’une des plus grandes menaces pour l’unité, même si une telle réduction est la contrepartie naturelle d’un impact économique réel supporté par ceux qui restent. Le choix des termes est important : il faut parler de « compensation », et non de « décote ». Une décote ressemble à une sanction pour le départ et sera perçue comme telle, empoisonnant ce départ et tous ceux qui suivront. Une compensation est la reconnaissance équitable d’une réalité économique.
5. Les principales parties prenantes
Les membres de la famille
Une implication active garantit que les décisions s’alignent sur les objectifs et les valeurs partagés. Chaque membre, proportionnellement à son implication dans le family office, devrait participer aux discussions sur les départs avec un esprit ouvert. En règle générale, aucun membre de la famille ne devrait porter seul le poids des décisions concernant les règles, les évaluations ou les compensations — cette autorité appartient au processus, et non à une personne, afin d’éviter tout ressentiment futur.
Les avocats
La dimension juridique d’un rachat ne doit jamais être négligée. Le rôle de l’avocat est de fournir des conseils juridiques, de rédiger les contrats de rachat et de veiller au respect des réglementations applicables. Le recours à un conseiller juridique indépendant peut également s’avérer nécessaire pour garantir un traitement équitable de chaque partie et prévenir tout litige futur.
Médiateur tiers
Plus qu’un simple médiateur, un tiers externe et objectif facilite non seulement les discussions, mais aide également à gérer les aspects émotionnels tout au long du processus. Ce tiers fait souvent office de chef d’orchestre du projet, avec quatre responsabilités principales :
- Maintenir le bon rythme, en évitant les processus interminables qui s’enlisent.
- Coordonner les contributions des conseillers externes.
- Veiller à ce que les valeurs familiales et le patrimoine soient préservés tout au long du processus.
- Veiller à ce que ni les parties restantes ni celles qui se retirent ne soient lésées.
Banque ou investisseur externe
Dans le cadre d’une sortie financée par des capitaux externes, la banque ou l’investisseur doit être choisi avec soin. Au-delà de l’apport de financements, de l’évaluation des risques et de l’aide à la gestion de la dette, ils doivent comprendre et respecter la dynamique et les valeurs de la famille.
Conclusion
La gestion des sorties et des rachats au sein d’un family office est un processus à multiples facettes qui nécessite de la planification, de la communication et une compréhension claire des dynamiques financières et émotionnelles en jeu.
En donnant la priorité à l’unité familiale et en adoptant des processus équitables, transparents et reproductibles, les familles peuvent traverser ces moments sans subir de dommages durables. Que ce soit par le biais d’un rachat immédiat, d’un rachat progressif, d’un accord basé sur la performance ou d’un financement externe, l’objectif reste toujours le même : préserver à la fois le patrimoine familial et son unité.
La première sortie gérée par une famille fixera la règle pour toutes celles qui suivront. Gérée de manière émotionnelle, elle reviendra sous forme de ressentiment. Gérée avec clarté et discipline, elle deviendra une routine.
Pour aller plus loin : le processus de sortie en tant qu’outil de gouvernance — le livre blanc de Westwick sur la gouvernance des family offices individuels.
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