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Devriez-vous externaliser la gestion de votre family office ?

Un family office externalisé (structure de type OSFO ou MFO) délègue la gestion quotidienne du patrimoine à une plateforme externe ; cette solution s’avère généralement pertinente lorsque les actifs investissables sont inférieurs à environ 200 à 300 millions de dollars. Ce modèle convient aux fonctions techniques — exécution des investissements, conformité fiscale, conservation — mais les familles devraient conserver en interne la gouvernance, l’allocation stratégique des actifs et la relation avec la famille.

Le « Family Office as a Service » promet de l’efficacité sans les contraintes liées à une gestion en interne. Il vous invite également à externaliser la gestion de l’héritage de votre famille — ce qui est une tout autre question. Un guide pour savoir ce qu’il faut garder, ce qu’il faut déléguer et où tracer la limite.

Lecture : 6 min
Chiffres clés
200–300 M$
En dessous de ce niveau d’actifs sous gestion, un modèle externalisé ou de multi-family office s’avère généralement plus judicieux
0.5–0.75%
Coût d’exploitation annuel global d’un SFO traditionnel, en pourcentage des actifs sous gestion
~3 M$
Coût annuel global d’un family office interne pour une famille disposant de 500 millions de dollars d’actifs

Ce qu’il faut retenir

  • Un « in-house office » autonome est difficile à justifier en dessous d’environ 200 à 300 millions de dollars d’actifs investissables. En dessous de ce seuil, une plateforme externalisée ou un « multi-family office » constitue généralement le choix le plus judicieux.

  • Externalisez le « comment », jamais le « pourquoi ». L’exécution des investissements, l’informatique et la cybersécurité, ainsi que les missions juridiques et fiscales à enjeux élevés, relèvent de la compétence de spécialistes externes. La stratégie, la gouvernance, le comité d’investissement et la comptabilité doivent rester en interne.

  • L’expression « de niveau institutionnel » est souvent un euphémisme poli pour désigner une solution inutilement lourde. La force du family office réside dans le fait qu’une famille peut prendre des décisions sans bureaucratie ; l’infrastructure standardisée d’un prestataire a tendance à perdre la compréhension intime des spécificités de la famille.

  • C’est en période de crise que la valeur d’une équipe interne se révèle le plus : la mémoire institutionnelle et le facteur humain ne peuvent être fournis dans le cadre d’un accord de niveau de service. La gestion responsable est un engagement, pas un service par abonnement.

Commençons par la sémantique. Le terme « de niveau institutionnel » est souvent un euphémisme poli utilisé dans le secteur pour désigner « inutilement lourd ». Dans le monde institutionnel, la complexité est une caractéristique — ce qui est en contradiction directe avec la simplicité du modèle du family office, où, par définition, une famille peut faire des choix sans bureaucratie.

L’argument des coûts

La tendance à l’externalisation s’explique par des pressions économiques et opérationnelles. Le coût d’exploitation pur d’un family office traditionnel représente généralement entre 40 et 60 points de base des actifs sous gestion par an ; une fois pris en compte les honoraires de gestion externes, les frais bancaires et autres charges, le chiffre global se situe plutôt entre 0,5 % et 0,75 %. Pour une famille disposant de 500 millions de dollars d’actifs, cela représente environ 3 millions de dollars par an au total : salaires, locaux, conseillers juridiques et fiscaux, gestionnaires externes, etc. Il ne s’agit pas seulement des coûts indirects liés à la gestion d’actifs par des tiers.

Les partisans d’une institutionnalisation excessive font valoir que les professionnels de haut niveau dans les domaines de l’investissement et du droit sont de plus en plus inaccessibles aux familles, compte tenu des salaires proposés par les banques et les hedge funds. Dans ce contexte, l’OSFO est présenté comme un moteur de démocratisation — offrant aux familles l’accès à un écosystème « de premier ordre » qu’il serait prohibitif de mettre en place en interne.

Niveau institutionnel ou sur mesure

Le marketing du modèle OSFO met l’accent sur l’efficacité et les compétences techniques. Il passe souvent sous silence une distinction essentielle : la différence entre le niveau institutionnel et le niveau personnel.

Être de niveau institutionnel, c’est suivre des processus standardisés conçus pour être déployés à grande échelle. Cela fonctionne pour un fonds de pension ou un gestionnaire d’actifs professionnel ayant de multiples clients. Mais une famille est un cas à part — une entité humaine multigénérationnelle aux priorités changeantes, aux complexités émotionnelles et à un ensemble de valeurs unique.

Externaliser un family office revient, par essence, à s’appuyer sur l’infrastructure préexistante d’un prestataire. Le reporting et la conformité fiscale peuvent être irréprochables, mais la compréhension intime des spécificités évolutives de la famille a tendance à se perdre. Les conseillers opèrent dans le cadre d’accords de niveau de service, qui sont de nature transactionnelle. La famille devient inévitablement un client parmi d’autres, plutôt que la seule priorité d’une équipe.

Certains prestataires d’externalisation proposent certes des services haut de gamme exceptionnels. Je n’en ai toutefois encore jamais vu qui ne se heurte pas à ses limites face aux exigences multiformes des grandes familles multigénérationnelles. Pour celles qui gèrent des actifs internationaux diversifiés — entreprises sous contrôle, immobilier international, filiales opérationnelles —, la complexité du mandat exige en fin de compte une équipe interne dédiée afin de conserver un véritable contrôle opérationnel.

La mentalité de « gardien »

L’argument le plus fort en faveur du maintien d’une équipe interne n’est pas technique, mais culturel. Un collaborateur dédié comprend non seulement le patrimoine de la famille, mais aussi l’importance du facteur humain dans la prise de décision.

La valeur de ce rôle de gardien interne apparaît le plus clairement en période de crise. Qu’elle soit provoquée par des chocs externes, une incapacité temporaire ou des conflits internes, une équipe interne dispose de la mémoire institutionnelle nécessaire pour agir avec nuance et faire preuve de constance. Elle comprend le « pourquoi » de la fortune, et pas seulement le « comment ».

Le rapport « Citi 2025 Global Family Office Report », qui a interrogé 346 family offices dans 45 pays, met en évidence ce même point : alors que les familles envisagent de plus en plus l’externalisation pour des raisons d’efficacité, le pouvoir de décision reste très majoritairement en interne. Les familles sont disposées à externaliser la gestion opérationnelle de leur patrimoine. Elles ne sont pas prêtes à abandonner les rênes — et à juste titre.

Une approche hybride et équilibrée

Selon moi, le modèle idéal consiste à conserver en interne une équipe de base fidèle tout en externalisant certaines fonctions techniques. À titre d’exemple, pour une famille dont le patrimoine est inférieur à 5 milliards de dollars, je recommanderais la répartition suivante.

Ce qu’il faut externaliser :

  • L’exécution des investissements. L’accès aux opportunités d’investissement et la gestion des portefeuilles obligataires et des marchés publics sont des domaines dans lesquels les experts externes excellent.
  • Informatique et cybersécurité. Ces domaines sont mieux gérés par des cabinets spécialisés, compte tenu de la complexité croissante des menaces.
  • Conseil juridique et fiscal. Les conseils juridiques à enjeux élevés — fusions-acquisitions complexes, structuration fiscale internationale — sont presque toujours mieux confiés à des cabinets de premier plan.

Ce que je n’externaliserais jamais :

  • La stratégie et la gouvernance familiale. La définition des objectifs familiaux, le mode de prise de décision et l’accompagnement de la prochaine génération sont des discussions permanentes qui exigent une gestion désintéressée de la part d’une personne connaissant profondément la famille.
  • Le comité d’investissement. C’est le cerveau des décisions d’investissement. Externaliser l’organe décisionnaire lui-même constitue une perte majeure de contrôle et, à mon sens, un abandon de responsabilité.
  • Comptabilité et finances. Ces fonctions jouent un rôle de garde-fou, et non de simples services administratifs. Elles garantissent qu’aucun argent ne s’échappe à cause de frais inutiles ou d’un élargissement indésirable du périmètre d’intervention des prestataires. Un comptable solide et discret est souvent le serviteur le plus fidèle lorsqu’il s’agit de protéger les intérêts d’une famille.

Il est utile de se demander, avec un regard extérieur, si chaque fonction occupe aujourd’hui la place qui lui revient. C’est l’un des cinq domaines couverts par notre audit de family office.

Conclusion

Un family office est, par essence, une entreprise humaine. Le capital technique peut être externalisé. L’âme du family office doit rester sous le contrôle direct de la famille.

Les familles qui connaîtront le plus de succès au cours de la prochaine décennie seront celles qui recourront à l’externalisation pour libérer leurs gardiens internes des contraintes administratives, afin que l’équipe interne puisse se concentrer sur ce qui compte vraiment : la gestion à long terme.

La fortune est, en fin de compte, un outil au service de la liberté. Si la gestion de cette fortune devient si éloignée que la famille ne la comprend plus ni ne la contrôle, la liberté qu’elle procure s’en trouve considérablement réduite. Si l’externalisation crée un cadre réglementaire trop contraignant, alors l’agilité, la flexibilité et la liberté — les atouts les plus précieux d’un SFO — sont les premières choses qui se perdent.

La gestion patrimoniale est un engagement. Ce n’est pas un service par abonnement.

Cet article fait partie de notre série sur la création d’un family office. L’article de référence de la série : Comment créer un family office.

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